SemĂ©fier de soi-mĂȘme parfois Ă©tait-ce hypocrite quand ça a Ă©tĂ© prononcĂ© ? Je ne le crois pas mais dans le feu de l'action, parce qu'on est bien, voire trĂšs bien ou mĂȘme trop bien, on se sent des ailes, on est prĂȘt Ă soulever des montagnes et donc aussi Ă faire ce genre de promesses sans comprendre que l'autre, sans doute, va y croire et s'en souvenir et ĂȘtre déçu parce que
Avantde passer Ă lâaction, câest-Ă -dire choisir un premier emploi, changer dâentreprise, trouver une nouvelle situation, il est Ă©videmment nĂ©cessaire de se faire connaĂźtre de ou des personnes qui prendront la dĂ©cision. Mais encore faut-il se connaĂźtre soi
PensĂ©espour moi-mĂȘme, Suivi de Manuel d'EpictĂšte. Poche â 4 janvier 1999. Livraison GRATUITE (0,01⏠pour les livres) en point retrait (selon Ă©ligibilitĂ© des articles). DĂ©tails. On sent en soi-mĂȘme un plaisir secret lorsqu'on parle cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espĂšce d'attendrissement ; tel est l'effet qu'elle
Lestime de soi apprendre à s'aimer avec ou sans les autres; L'estime de soi apprendre à s'aimer avec ou sans les autres Marie-Joseph Chalvin (Auteur) 12e tirage 2017 Paru le 5 décembre 2016 Essai (broché) 5. 1 avis - 1 sur les autres formats . Feuilleter Format : broché. Voir tout broché 18 ⏠ebook (ePub) 12,99 ⏠Résumé Voir tout Apprendre à s'appuyer
Desphilosophes ont avancĂ© que seule lâaction dĂ©voile notre conception de la vie, que toute rĂ©flexion qui ne mĂȘme pas Ă lâaction est vaine. Que le sens de la vie, lâimpulsion
Jene parle pas ici de responsabilitĂ© civile mais de responsabilitĂ© personnelle vis-Ă -vis de soi-mĂȘme et vis-Ă -vis des autres, de responsabilitĂ© vis-Ă -vis de sa santĂ©, de son Ă©ducation. De l'engagement de chacun d'aller vers ce qui fait sens pour lui. Cet apport amĂšne une simplification de nos lois et promeut l'Ă©tat d'esprit du fonctionnement de notre sociĂ©tĂ© et de notre Ătat. C
Retrouveztous les conseils pour Affirmation de soi ici. Types de thĂ©rapie, symptĂŽmes, traitements, conseils : tous nos articles Ă 1 clic afin que vous puissiez vous informer, enrichir vos connaissances et ĂȘtre au fait de l'actualitĂ© sur Affirmation de soi.
Ilfaut dâabord savoir ce que signifie investir dans soi-mĂȘme pour comprendre pourquoi il est crucial de le faire pour tout un chacun. Cette forme dâinvestissement personnel implique dâinvestir du temps, de lâĂ©nergie et aussi de lâargent afin de grandir et de se dĂ©velopper. Il est alors question dâactions destinĂ©es Ă vous
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. . Vous avez prĂ©vu dâoffrir des dragĂ©es et vous ĂȘtes Ă la recherche dâune boite Ă dragĂ©es Ă faire vous-mĂȘme ? Pour vous aider Ă faire de jolis petits contenants on vous a sĂ©lectionnĂ© des tutos de boite Ă dragĂ©es mais aussi de pochette, sachet et autres contenants Ă faire soi-mĂȘme. Les boites Ă dragĂ©es Ă faire vous-mĂȘme On commence notre liste avec des tutos de vraies boites Ă dragĂ©es DIY car je trouve que câest le plus pratique pour mettre les dragĂ©es et que vos invitĂ©s repartent avec. Dans la suite de lâarticle je vous montrerai comme faire dâautres contenants comme des cornets. Une jolie boite Ă dragĂ©e DIY en kraft Comme vous pouvez le voir sur cette photo le tuto parle principalement de boite Ă dragĂ©es pour un baptĂȘme dâoĂč ce charmant petit body. Mais vous pouvez trĂšs simplement remplacer ce body par la forme de votre choix, mettre le tampon de votre mariage sur la boite ou encore un petit mot. Lâimportant dans cet article est quâil vous montre Ă©tape par Ă©tape avec du matĂ©riel trĂšs simple des feuilles A4 de papier Kraft, des ciseaux⊠comment arriver Ă un rĂ©sultat de boite que je trouve trĂšs mignon. Vous pourrez aussi lâaccessoiriser avec du ruban ou mĂȘme une Ă©tiquette personnalisĂ©e avec les informations de votre mariage ou autre Ă©vĂšnement. Personnellement jâadore le cĂŽtĂ© naturel du kraft mais vous pouvez aussi utiliser un autre type de papier pour effectuer cette boite Ă partir du moment oĂč il est assez Ă©pais. La boite Ă dragĂ©e en forme de triangle Ă monter soi-mĂȘme Dans cet article vous allez ĂȘtre guidĂ© pas Ă pas dans la rĂ©alisation dâune boite en forme de triangle ou de gĂąteau. Le site vous donne mĂȘme le patron que vous aurez juste Ă imprimer sur une feuille de la couleur de votre choix et Ă plier. Câest simple, câest pratique et ils vous donnent plein dâidĂ©es pour dĂ©corer les boites que vous aurez créées vous-mĂȘme. Et bien entendu le petit plus dĂ©co câest que quand vous mettez toutes les boites les unes Ă cĂŽtĂ© des autres elles forment un joli gĂąteau ! Vous pourrez mĂȘme faire des boites de tailles diffĂ©rentes en fonction du papier utilisĂ© si vous avez des cadeaux diffĂ©rents pour les hommes et pour les femmes par exemple ou pour les enfants. Fabriquer une boite Ă dragĂ©es en forme dâĂ©toile Gros coup de cĆur pour ces jolies petites boites en forme dâĂ©toile qui ne vous prendront pas longtemps Ă faire sauf si vous devez en faire 200 bien entendu. Pour rĂ©sumer le tuto que vous retrouverez sur le site de lâauteur vous achetez du papier Ă scrapbooking celui des boites sur la photo a Ă©tĂ© achetĂ© chez Action pour moins de 2⏠les 24 feuilles, vous imprimez le gabarit sur ces feuilles que vous trouvez sur le site, vous dĂ©coupez et collez selon ce gabarit et hop vous avez des contenants pour vos dragĂ©es trop mignons. En plus jâaime bien lâidĂ©e dâutiliser des papiers diffĂ©rents pour ne pas avoir exactement les mĂȘmes pour tous vos invitĂ©s. Le plus dur reste de trouver des papiers Ă©pais ou papier Ă scrapbooking pas trop chers qui soient dans le thĂšme de votre dĂ©co. Sinon comme vu un peu plus haut vous avez toujours la solution de faire vos boites avec du papier kraft qui sâadapte Ă quasiment toutes les dĂ©cos. Patron de boĂźte Ă dragĂ©e pour baptĂȘme Vous cherchez un patron de boite Ă dragĂ©e que vous allez pouvoir tĂ©lĂ©charger et imprimer gratuitement ? Alors rdv directement sur ce site pour trouver votre bonheur Bon je ne sais pas si le vrai terme est boite Ă dragĂ©es qui sâenclenche mais ce que je voulais dire câest que vous nâaurez mĂȘme pas besoin de colle pour faire cette boite. En fait la boite se ferme toute seule et sâouvre Ă plat pour venir dĂ©livrer vos dragĂ©es. Lâavantage est donc que câest assez rapide Ă faire, il faut juste dĂ©couper proprement autour du patron de la boite. Par contre si vous avez des petites dragĂ©es ou des bonbons style M&Ms je pense que quand vos invitĂ©s vont ouvrir la boite ça risque dâen mettre partout ! A privilĂ©gier donc pour les plus grosses dragĂ©es ou pour dâautres souvenir de baptĂȘme pour vos invitĂ©s ou si vous trouvez ça rigolo de rĂ©pandre vos dragĂ©es chez vos invitĂ©s⊠Encore une fois vous aurez le patron de cette boite sur le site internet Ă tĂ©lĂ©charger gratuitement pour lâimprimer sur le papier de votre choix. Un tuto pour une boite Ă dragĂ©es en forme de sac Vous vous en doutez cette jolie boite en forme de petit sac va vous demander un peu plus dâefforts que les autres car il y a plus de pliages. Mais le rĂ©sultat est vraiment top et donne envie ! Et en plus vous nâavez pas besoin dâutiliser un papier ultra Ă©pais pour la rĂ©aliser. CouplĂ©e avec des Ă©tiquettes personnalisĂ©es ces boites vont vraiment faire un carton. Donc si vous aimez le pliage et que vous avez un peu de temps, je vous conseille vivement dâaller jeter un Ćil Ă ce tutoriel de boite Ă dragĂ©es. Faire une boite Ă dragĂ©e en forme de cĆur Ce cube aurait pu ĂȘtre tout simpleâŠsâil nây avait pas eu ce petit cĆur qui vient le refermer. Vous trouverez sur le site le gabarit Ă adapter selon la taille de boite que vous voulez obtenir. Et je suis sure quâavec un papier un peu plus moderne attention je nâai pas dit que câĂ©tait mocheâŠmais jâaime les motifs plus modernes ça peut ĂȘtre super mignon. Vous pouvez lâadapter pour un mariage, un baptĂȘme ou comme ils le disent sur le site pour une Saint Valentin. Le plus dur encore une fois sera surement de dĂ©couper proprement tous les gabarits sur du papier. Mais avec du courage et des amis minutieux je suis certaine que vous allez y arriver ! Une boite Ă bonbon Ă faire soi-mĂȘme Et pour le plaisir un tuto un peu compliquĂ© parce quâil y a beaucoup de pliages et quâil vous faudra aussi utiliser deâŠla colle ! mais le rĂ©sultat est top. En plus vous pourrez y mettre pas mal de choses dedans des grosses dragĂ©es, des petits mots doux, des cailloux je rigole bien entendu... Faites juste attention quand vous tĂ©lĂ©chargez le patron car il y a des Ă©critures dessus. Il faudra donc lâimprimer et tracer les contours sur votre papier. Ou alors le modifier avec un logiciel comme photoshop pour y inscrire les textes ou images que vous voudrez retrouver sur votre boite. Si vous comptez modifier le patron le plus sympa serait de prĂ©venir lâauteur de ce tutoriel car elle a vraiment fait un trĂšs beau travail. Si vous voulez remplacer les dragĂ©es par du thĂ© vous trouverez aussi le tuto pour faire des sachets de thĂ© vous-mĂȘme en bas de lâarticle sur cette boite. Dâautres contenants Ă dragĂ©es Ă faire soi-mĂȘme Vous lâaurez compris il nây a pas que les boites dans la vie pour offrir vos jolies dragĂ©es. Vous pouvez aussi utiliser dâautres types de contenant comme des cĂŽne ou des sachets. Ca change cotĂ© dĂ©co et ça peut ĂȘtre trĂšs mignon. Le sachet en tissu pour des dragĂ©es Ă faire soi-mĂȘme Si vous aimez la couture vous pouvez tout Ă fait rĂ©aliser vos propres sachets en tissu pour y mettre vos dragĂ©es. Il vous faudra alors du tissu adaptĂ© aux couleurs de votre dĂ©co, du ruban en satin et une machine Ă coudre bien entendu. Pour une personne qui sait faire fonctionner une machine Ă coudre ce qui nâest malheureusement pas mon cas ça Ă lâair assez simple comme tuto. Et lâavantage dâun contenant en tissu câest que vos invitĂ©s pourront le garder et le rĂ©utiliser comme petit plus de faire un joli contenant Ă dragĂ©es c'est donc plutĂŽt Ă©co-responsable. Le sachet en kraft fait maison Jâai choisi ce tuto de sachet en kraft car je trouve le rĂ©sultat bien fini, notamment avec la partie impression. Ces petits sachets sont faits Ă partir dâune grande enveloppe en kraft mais vous pouvez aussi les faire avec une feuille de kraft A4. Et comme vous pouvez le voir sur la photo je trouve que le fait de rajouter un petit cĂŽtĂ© bling bling avec des paillettes rend super bien. Lâastuce ? Une bande de scotch double faces que vous collez en bas du sachet et un petit bol de paillettes dans lequel vous venez tremper vos sachets. Câest dâailleurs une astuce dont vous pouvez vous servir pour tous vos contenants Ă dragĂ©es faits maison. Le berlingot Ă dragĂ©es fait maison Et pour finir je vous propose de faire des petits berlingots pour mettre vos dragĂ©es. Encore une fois il vous suffit de trouver le bon papier, dâimprimer dessus du texte pour le personnaliser mais ce nâest mĂȘme pas obligĂ© et de crĂ©er ces jolis berlingots. Pour cela deux options. Vous pouvez utiliser du scotch double face pour le fermer. Voici le tuto Ou vous pouvez utiliser votre machine Ă coudre Les deux rĂ©sultats sont tops mais si vous choisissez la 1Ăšre option je vous conseille de choisir du trĂšs bon scotch pour Ă©viter que certains berlingots ne sâouvrent et rĂ©pandent vos dragĂ©es partout. Nous voilĂ au bout de cette article sur les boites Ă dragĂ©es Ă faire soi-mĂȘme. Jâai sĂ©lectionnĂ© 10 articles que je trouve bien illustrĂ©s avec des tutoriels simples Ă faire. Bien entendu si vous avez dâautres idĂ©es vous pouvez les poster en commentaires pour alimenter la discussion. Et nâhĂ©sitez pas Ă nous montrer vos rĂ©alisations ! Et si vous aimez le DIY vous risquez de craquer pour notre article sur Les Ă©ventails Ă faire soi-mĂȘme avec 8 gabarits gratuits Ă imprimer
âą L'identitĂ© personnelle Cela posĂ©, pour trouver en quoi consiste l'identitĂ© personnelle, il faut savoir ce qu'emporte le mot de personne. C'est, Ă ce que je crois, un Ătre pensant et intelligent, capable de raison et de rĂ©flexion, et qui se peut consulter soi-mĂȘme comme le mĂȘme, comme une mĂȘme chose qui pense en diffĂ©rents temps et en diffĂ©rents lieux ; ce qu'il fait uniquement par le sentiment qu'il a de ses propres actions, lequel est insĂ©parable de la pensĂ©e, et lui est, ce me semble, entiĂšrement essentiel, Ă©tant impossible Ă quelque Ătre que ce soit d'apercevoir sans apercevoir qu'il aperçoit. Lorsque nous voyons, que nous entendons, que nous flairons, que nous goĂ»tons, que nous sentons, que nous mĂ©ditons, ou que nous voulons quelque chose, nous le connaissons Ă mesuÂŹre que nous le faisons. Cette connaissance accompagne toujours nos sensaÂŹtions et nos perceptions prĂ©sentes ; et c'est par lĂ que chacun est Ă lui-mĂȘme ce qu'il appelle soi-mĂȘme. [...] Car puisque la conscience accompagne touÂŹjours la pensĂ©e, et que c'est lĂ ce qui fait que chacun est ce qu'il nomme soi-mĂȘme, et par oĂč il se distingue de tout autre chose pensante c'est aussi en cela seul que consiste l'identitĂ© personnelle, ou ce qui fait qu'un Ătre raiÂŹsonnable, est toujours le mĂȘme. J. Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain, livre II, chap. xxvii, 9, Vrin, 1983.
1 Dans un ouvrage rĂ©cent, intitulĂ© Les pratiques du moi, le philosophe amĂ©ricain Charles Larmore [1] sâinterroge sur le rapport que chacun entretient avec lui-mĂȘme et qui fait de lui un moi. DâentrĂ©e de jeu, le philosophe avance sa thĂšse, Ă savoir que ce rapport sâĂ©claire par la rĂ©flexion pratique plutĂŽt que par la rĂ©flexion cognitive Dans la rĂ©flexion cognitive, le moi nous apparaĂźt sous lâaspect de son intelligibilitĂ© universelle. Nous nous divisons en deux pour nous regarder de lâextĂ©rieur comme quiconque pourrait en principe le faire. [âŠ] Ce qui nous importe est de rĂ©flĂ©chir sur nous-mĂȘmes en spectateurs dĂ©sintĂ©ressĂ©s. Dans la rĂ©flexion pratique, en revanche, le moi apparaĂźt sous son aspect primordial qui est dâĂȘtre le moi que nous avons seuls Ă ĂȘtre. Nous ne prenons pas lâattitude dâun autre par rapport Ă nous-mĂȘmes, nous nâintroduisons aucune division comme avant entre sujet et objet, car la question devant nous sâadresse plutĂŽt Ă notre volontĂ© » [2]. Si lâobjet principal de lâouvrage est lâexamen de la nature du moi, il nâen reste pas moins quâune de ses prĂ©occupations majeures est lâanalyse de la rĂ©flexion. Le livre aurait mĂȘme pu sâintituler, au dire de lâauteur, Critique de la rĂ©flexion » [3]. CâĂ©tait lĂ , pour nous, un premier motif de le prendre en considĂ©ration. Mais un second motif nous y a incitĂ©. Pour atteindre ses objectifs, Larmore sâinspire de nombreux philosophes français qui, selon lui, ont apportĂ© des Ă©lĂ©ments dĂ©cisifs de rĂ©ponse Ă la question du moi [4]. Nous ne pouvions donc rĂȘver de rencontre plus stimulante pour dĂ©velopper le sujet annoncĂ© dans notre sous-titre. Notre intention nâest pas de commenter de maniĂšre suivie lâouvrage mais dâen reprendre librement certains points afin de dĂ©couvrir les apports de la pensĂ©e française au thĂšme de la rĂ©flexion, quitte Ă recourir Ă dâautres penseurs susceptibles de nous Ă©clairer. Nous procĂ©derons ainsi Ă la maniĂšre de lâauteur qui parle dâappropriation sĂ©lective » [5]. 1 â RĂ©flexion cognitive et rĂ©flexion pratique [6] 2 La distinction capitale qui commande lâouvrage est celle de la rĂ©flexion cognitive et de la rĂ©flexion pratique. Larmore remarque en passant que cette distinction, pour Ă©vidente quâelle soit, a rarement Ă©tĂ© remarquĂ©e » [7]. Le jugement sera sans doute Ă nuancer. Il est vrai quâen parlant de rĂ©flexion, il est courant dâenvisager en premier lieu la rĂ©flexion intellectuelle, câest-Ă -dire le retour sur elle-mĂȘme de la pensĂ©e, qui prend pour objet un de ses actes spontanĂ©s ou un groupe de ceux-ci », comme le dit le Vocabulaire de Lalande [8]. Or, la thĂšse de Larmore est que le rapport Ă soi constitutif du moi ne relĂšve pas, au premier chef, de la rĂ©flexion cognitive elle doit faire partie de lâĂȘtre mĂȘme du moi et sâexercer en permanence sans introduire aucune distinction entre sujet et objet » [9]. Cette affirmation ne signifie pas que la connaissance du moi que le sujet acquiert par la rĂ©flexion thĂ©orique, est radicalement fausse. Il est parfaitement possible de prendre sur soi le point de vue dâautrui et de chercher ainsi Ă obtenir un savoir de soi. Mais ce faisant, le sujet sâobjective et ne sâatteint pas dans ce quâil a de propre comme moi. Une tout autre forme de rĂ©flexion se trouve Ă lâĆuvre lorsque nous faisons retour sur nous-mĂȘmes pour endosser formellement quelque croyance ou ligne dâaction oĂč nous nous trouvons dĂ©jĂ impliquĂ©s sans y penser » [10]. Câest ce que lâauteur appelle la rĂ©flexion pratique. Il est Ă remarquer que cette autre dĂ©marche ne supprime pas toute dualitĂ©. Au contraire, ce que ce deuxiĂšme type de rĂ©flexion nous fait bien comprendre, câest que le moi, en raison de son rapport Ă soi fondamentalement pratique ou normatif, nâexiste quâĂ distance de lui-mĂȘme, sâengageant Ă ĂȘtre ce quâil nâest pas encore » [11]. Il devient alors possible de saisir notre moi dans ce quâil a dâirrĂ©ductible, câest-Ă -dire dans ce que nous sommes seuls Ă pouvoir rĂ©aliser. 3 DâoĂč vient cette distinction de la rĂ©flexion cognitive et de la rĂ©flexion pratique ? Larmore nâen fait pas mystĂšre il la reprend Ă Bergson et Ă Sartre. Ce rapprochement a de quoi surprendre car qui, davantage que Sartre, a critiquĂ© lâintuition de la durĂ©e mise en avant par Bergson ? Mais Larmore estime, Ă juste titre, que Sartre dissimule soigneusement sa dette vis-Ă -vis de son prĂ©dĂ©cesseur. Bergson, en effet, est le premier Ă voir dans la rĂ©flexion pratique, dans la reprise lucide de nos engagements, une expression plus fidĂšle de notre vĂ©ritable nature » [12]. Il Ă©crit en effet Pour que notre conscience coĂŻncidĂąt avec quelque chose de son principe, il faudrait quâelle se dĂ©tachĂąt du tout fait et sâattachĂąt au se faisant. Il faudrait que, se retournant et se tordant sur elle-mĂȘme, la facultĂ© de voir ne fĂźt plus quâun avec lâacte de vouloir. » [13] Câest ce que la conscience rĂ©alise dans lâintuition de la durĂ©e. On objectera quâil est curieux de rattacher lâintuition Ă la rĂ©flexion pratique alors que Bergson a toujours opposĂ© lâintuition Ă lâintelligence pratique qui morcelle la durĂ©e et place le moi dans un temps spatialisĂ©. La remarque est exacte. Mais si le philosophe critique lâanalyse rĂ©trospective qui aboutit Ă un moi extĂ©rieur figĂ©, rĂ©pondant aux attentes sociales, câest pour lui opposer une autre approche, lâintuition, qui tente de rejoindre le moi intĂ©rieur dans sa mobilitĂ© mĂȘme. Cette approche relĂšve de la libertĂ© on peut donc la qualifier de pratique. 4 Bergson, par ailleurs, souligne frĂ©quemment le caractĂšre difficile et fugitif de lâintuition. Dans lâaction libre, quand nous contractons tout notre ĂȘtre pour nous lancer en avant, nous avons la conscience plus ou moins claire des motifs et des mobiles et mĂȘme, Ă la rigueur, du devenir par lequel ils sâorganisent en acte; mais, le pur vouloir, le courant qui traverse cette matiĂšre en lui communiquant la vie, est chose que nous sentons Ă peine, que tout au plus nous effleurons au passage. » [14] En fait, nous nâatteignons jamais quâun vouloir individuel et fragmentaire. DĂšs lors, la dialectique [ou lâanalyse] est nĂ©cessaire pour mettre lâintuition Ă lâĂ©preuve, nĂ©cessaire aussi pour que lâintuition se rĂ©fracte en concepts et se propage Ă dâautres hommes » [15]. On pourrait penser que ce texte rĂ©habilite lâanalyse mais ce nâest pas le cas. Bergson ajoute en effet Ă vrai dire les deux dĂ©marches sont de sens contraire le mĂȘme effort, par lequel on lie des idĂ©es Ă des idĂ©es, fait Ă©vanouir lâintuition. » [16] Lâopposition entre lâintelligence par concepts et lâintuition par sympathie reste donc entiĂšre, ce qui suscite une difficultĂ© souvent Ă©mise et que Larmore reprend Ă son tour peut-on affirmer que la connaissance par concepts dĂ©forme fatalement son objet en sorte quâil faille se rĂ©fugier dans une intuition ineffable ? 5 Une difficultĂ© analogue guette la position de Sartre. Mais, avant de lâĂ©noncer, il est juste de reconnaĂźtre lâoriginalitĂ© de sa conception de la subjectivitĂ©. Le sujet se trouve toujours Ă distance de soi, et cela non seulement dans la rĂ©flexion oĂč nous nous faisons lâobjet de notre propre regard, mais plus radicalement encore dans la nature mĂȘme de notre conscience, dans cette prĂ©sence Ă soi non thĂ©tiqueâ ou prĂ©rĂ©flexive qui habite toutes nos pensĂ©es et tous nos actes. » [17] Le soi, dĂ©clare Sartre, reprĂ©sente donc une distance idĂ©ale dans lâimmanence du sujet par rapport Ă lui-mĂȘme, une façon de ne pas ĂȘtre sa propre coĂŻncidence. » [18] Il est lâĂȘtre pour-soi qui se nie comme ĂȘtre en-soi pour devenir conscience de ce quâil nâest pas. DâoĂč la temporalitĂ© essentielle de lâĂȘtre pour-soi qui se transcende sans cesse vers ce quâil a Ă ĂȘtre, tout en restant rivĂ© Ă sa facticitĂ© actuelle. 6 Cette temporalitĂ©, qui affecte originairement la conscience non thĂ©tique de soi, disparaĂźt-elle dans la rĂ©flexion qui est conscience thĂ©tique de soi [19] ? La question est capitale pour Sartre qui reconnaĂźt que toute son ontologie dĂ©pend de la rĂ©flexion. Or si celle-ci dĂ©forme lâexpĂ©rience premiĂšre que nous avons de nous-mĂȘmes comme ĂȘtres pour-soi, le projet de dĂ©crire cet ĂȘtre sâĂ©vanouit. Pour rĂ©pondre Ă cette question, Sartre introduit une distinction entre rĂ©flexion pure et rĂ©flexion impure. La rĂ©flexion pure est celle du sujet rĂ©flĂ©chissant qui se dĂ©double pour se rendre prĂ©sent au pour-soi de la conscience prĂ©rĂ©flexive, en restant un pour-soi engagĂ© dans la temporalitĂ©. Il est Ă noter que câest bien le mĂȘme sujet qui se modifie en passant dâune conscience non thĂ©tique Ă une conscience thĂ©tique de soi Celui qui rĂ©flĂ©chit sur moi, ce nâest pas je ne sais quel pur regard intemporel, câest moi, moi qui dure, engagĂ© dans le circuit de mon ipsĂ©itĂ©, en danger dans le monde, avec mon historicitĂ©. » [20] Ainsi le rĂ©flexif est bien le rĂ©flĂ©chi Ă condition de rester sur le mode du pour-soi quâil est originairement. Il est cependant difficile dâatteindre cette rĂ©flexion pure. Le sujet rĂ©flexif a spontanĂ©ment tendance de constituer le rĂ©flĂ©chi en objet transcendant et dâadopter sur lui-mĂȘme le point de vue dâautrui. Il croit alors rejoindre son moi vĂ©ritable et devenir tel quâen lui-mĂȘme enfin lâĂ©ternitĂ© le change » [21]. Pour Sartre, cette recherche de son moi vĂ©ritable est une illusion. La rĂ©flexion est impure lorsquâelle se donne comme intuition du pour-soi en en-soiâ. » [22] Ce qui se dĂ©voile dans cette rĂ©flexion, câest la vie psychique comme sĂ©rie dâĂ©tats qui sâappellent les uns les autres. Ce faisant, le sujet se constitue comme Ego, ou comme Moi dotĂ© de qualitĂ©s, auquel sâapplique Ă la lettre la parole de Rimbaud Je est un autre » [23]. Sartre prĂ©tend que Bergson est tombĂ© dans cette rĂ©flexion impure en dĂ©crivant la durĂ©e du moi comme une multiplicitĂ© dâinterpĂ©nĂ©tration. En effet, pour quâil y ait interpĂ©nĂ©tration, il faut quâil y ait des parties qui sâinterpĂ©nĂštrent. Seulement ces parties qui, en droit, devraient retomber dans leur isolement, se coulent les unes dans les autres par une cohĂ©sion magique totalement inexpliquĂ©e » [24]. Larmore proteste contre cette critique car Bergson nâa eu de cesse de dĂ©noncer la psychologie associationniste qui fait des Ă©tats mentaux des entitĂ©s isolĂ©es agissant les unes sur les autres. Et câest pour sâopposer Ă cette conception quâil parle de la durĂ©e comme une multiplicitĂ© dâinterpĂ©nĂ©tration. En vĂ©ritĂ©, Bergson entendait exclure par cette notion prĂ©cisĂ©ment ce que Sartre y veut lire. » [25] Larmore estime donc lĂ©gitime dâaffirmer que Bergson et Sartre ont voulu, chacun Ă sa maniĂšre, mettre en Ă©vidence que le moi nâexiste que dans et par lâeffort pour se constituer comme moi. » [26] Mais si Bergson et Sartre ont rejetĂ© une conception chosiste de la conscience, câest parce quâils estimaient, lâun et lâautre, que la rĂ©flexion cognitive sur le moi Ă©tait fatalement dĂ©formante. Sur ce point, Larmore marque son dĂ©saccord. Il admet que la rĂ©flexion cognitive peut conduire le sujet Ă se poser illusoirement comme un ĂȘtre en-soi, coĂŻncidant parfaitement avec lui-mĂȘme, mais il remarque que ce nâest pas toujours le cas. La rĂ©flexion cognitive nâest pas aussi dĂ©tachĂ©e des racines de notre ĂȘtre que [Bergson] et Sartre la supposent. [âŠ] Au contraire, la structure que prend la connaissance de soi tĂ©moigne elle-mĂȘme, si lâon sait bien y regarder, de la nature essentiellement pratique du moi. » [27] En effet, dans la rĂ©flexion cognitive, le sujet se divise pour se prendre lui-mĂȘme comme objet il examine ses raisons dâagir comme un autre pourrait le faire Ă sa place. Cette rĂ©flexion ne perd pas pour autant la marque de ce que nous sommes au fond de notre ĂȘtre » [28]. Elle nous fait dĂ©couvrir les normes que nous nous sommes engagĂ©s Ă respecter et nous permet, de la sorte, de contrĂŽler notre engagement. La rĂ©flexion cognitive fait dĂšs lors partie du projet pratique. Sartre nâaurait sans doute pas acceptĂ© une telle conception car, pour lui, câest la libertĂ© qui se donne ses normes et non la connaissance rĂ©flexive. Mais Larmore remarque Aucune pensĂ©e cohĂ©rente nâest possible qui ne se rĂšgle pas en derniĂšre instance sur des exigences censĂ©es avoir une autonomie indĂ©pendante » [29]. Nous reviendrons plus tard, et Ă plusieurs reprises, sur cette rĂ©habilitation de la rĂ©flexion cognitive en montrant plus prĂ©cisĂ©ment comment elle peut se mettre au service du projet pratique. Mais, auparavant, il convient dâexaminer le danger rĂ©el de cette rĂ©flexion qui semble permettre au sujet de saisir son moi vĂ©ritable. Câest la question de savoir sâil est possible dâĂȘtre parfaitement sincĂšre, ou authentique, envers soi-mĂȘme. 2 â SincĂ©ritĂ© et authenticitĂ© 7 Un des lieux favoris de la philosophie française est de dĂ©noncer lâillusion du moi vĂ©ritable. Le sot projet quâil a de se peindre » [30], dĂ©clarait dĂ©jĂ Pascal Ă propos de Montaigne. Pour dĂ©velopper ce thĂšme, Larmore prend comme fil conducteur les remarques ironiques que ValĂ©ry adresse au culte du naturel prĂ©conisĂ© par Stendhal. Une premiĂšre remarque est que la volontĂ© de sincĂ©ritĂ© totale envers soi-mĂȘme conduit Ă la contradiction. Je perçois le projet dâĂȘtre soi, dĂ©clare ValĂ©ry, dâĂȘtre vrai jusquâau faux. Le vrai que lâon favorise se change par lĂ insensiblement sous la plume dans le vrai qui est fait pour paraĂźtre vrai. » [31] On joue alors la comĂ©die de la sincĂ©ritĂ©. La Rochefoucauld lâavait dĂ©jĂ observĂ© de maniĂšre lapidaire Rien nâempĂȘche tant dâĂȘtre naturel que lâenvie de le paraĂźtre. » [32] 8 Cette premiĂšre critique est reprise et amplifiĂ©e par Sartre qui se rĂ©fĂšre explicitement Ă ValĂ©ry On peut devenir de mauvaise foi Ă force dâĂȘtre sincĂšre. [âŠ] La sincĂ©ritĂ© totale et constante comme effort constant pour adhĂ©rer Ă soi est, par nature, un effort constant pour se dĂ©solidariser de soi » [33]. Sartre reconnaĂźt que je peux parfaitement ĂȘtre sincĂšre lorsque je mâexamine au passĂ© et que jâavoue avoir eu tel sentiment ou telle intention. Mais la sincĂ©ritĂ© qui se vise dans lâimmanence prĂ©sente » a pour but de faire que je mâavoue ce que je suis pour quâenfin je coĂŻncide avec mon ĂȘtre », bref de faire que je sois sur le mode de lâen-soi » ce que je suis sur le mode du pour-soi [34]. Ainsi, le sujet admet sa facticitĂ© en reconnaissant ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts, ce qui constitue une maniĂšre de les transcender, mais, par ailleurs, comme il sâidentifie Ă ses traits caractĂ©ristiques, il transforme sa transcendance en facticitĂ©. La volontĂ© de sincĂ©ritĂ© devient alors une forme de mauvaise foi, une maniĂšre pour le sujet de supprimer la distance quâil entretient avec lui-mĂȘme. Lâautre forme de mauvaise foi est celle du conformiste qui simule sa transcendance en sâabandonnant Ă sa facticitĂ©. Sartre illustre son propos en dĂ©crivant la conduite de la coquette qui joue Ă lâindiffĂ©rente tout en se laissant caresser la main par son sĂ©ducteur ou le comportement du garçon de cafĂ© qui joue avec virtuositĂ© au garçon de cafĂ© sans se rendre compte que, ce faisant, il sâidentifie Ă son rĂŽle. Dans tous les cas â que ce soit dans la volontĂ© de sincĂ©ritĂ© ou dans le conformisme â le sujet Ă©change son ĂȘtre pour-soi avec son ĂȘtre pour autrui. 9 Mais le projet dâĂȘtre sincĂšre envers soi-mĂȘme est-il aussi contradictoire que ne le disent Sartre et ValĂ©ry ? Larmore ne partage pas cette opinion. Il admet certes que le projet de coĂŻncider avec soi-mĂȘme par la rĂ©flexion cognitive est vouĂ© Ă lâĂ©chec car le sujet reste toujours Ă distance de lui-mĂȘme, partagĂ© quâil est entre sa transcendance et sa facticitĂ©. Il nâempĂȘche que ce sujet est un ĂȘtre en projet, qui cherche Ă ĂȘtre ce quâil a Ă ĂȘtre. Ce projet â on lâa signalĂ© plus haut â passe par un moment de rĂ©flexion cognitive qui fait intervenir le point de vue dâautrui. Sartre semble considĂ©rer que ce recours Ă autrui reprĂ©sente une aliĂ©nation fatale. Larmore exprime son dĂ©saccord en utilisant une formule provocante LâaliĂ©nation nâest pas un mal en soi. » [35] En effet, si on admet que le sujet nâatteint pas dâemblĂ©e son projet de libertĂ©, il faut bien admettre quâil a Ă sâexpliquer, pour lui-mĂȘme et pour autrui, ses raisons dâagir. Il peut ainsi y avoir une forme de sincĂ©ritĂ© envers soi-mĂȘme qui, tout en passant par une phase dâobjectivation du moi, maintient la distance du moi Ă lui-mĂȘme. Cette volontĂ© nâest donc pas nĂ©cessairement contradictoire. 10 ValĂ©ry Ă©met une autre objection Ă lâencontre de la recherche du naturel, tant vantĂ©e par Stendhal. Cette recherche dâun moi vĂ©ritable, Ă lâabri de toute vanitĂ© sociale, est impossible pour la bonne raison quâil nây a pas moyen de distinguer le naturel du conventionnel. Croit-on que mĂȘme lâamour, sâexclame ValĂ©ry, ne soit pas pĂ©nĂ©trĂ© de choses apprises, quâil nây ait pas de la tradition jusque dans les fureurs et les Ă©mois et les complications de sentiments et de pensĂ©es quâil peut engendrer ? » [36] Larmore commence par renforcer cette objection en avançant une remarque piquante. Stendhal prĂ©sente comme exemple de passion spontanĂ©e lâamour de Paolo et de Francesca dĂ©crit par Dante. Mais le baiser que donne Paolo Ă Francesca surgit lors dâune lecture du roman de Lancelot et GueniĂšvre, prĂ©cisĂ©ment lors du passage oĂč les amants, rĂ©unis grĂące Ă leur ami Galehaut, sâembrassent pour la premiĂšre fois. Or, curieusement, Stendhal omet de citer le vers cĂ©lĂšbre oĂč Dante met en relief le caractĂšre empruntĂ© de cet amour en faisant dire Ă Francesca Galeotto fu il libro et chi lo scrisse » [37]. Ainsi, semble-t-il, il nây a pas de conduite qui ne soit motivĂ©e par lâimitation dâun modĂšle. La Rochefoucauld lâavait dĂ©jĂ remarquĂ© Il y a des gens qui nâauraient jamais Ă©tĂ© amoureux sâils nâavaient jamais entendu parler de lâamour. » [38] 11 Larmore prolonge cette critique en recourant Ă la thĂ©orie du dĂ©sir triangulaire de Girard [39]. Pour Girard, le sujet ne dĂ©sire pas spontanĂ©ment lâobjet de son dĂ©sir. Cet objet lui est toujours dĂ©signĂ© par un autre â un mĂ©diateur â et câest en rĂ©alitĂ© cet autre que le sujet cherche Ă ĂȘtre en poursuivant lâobjet du dĂ©sir, lequel disparaĂźt rapidement au second plan. Le mĂ©diateur peut ĂȘtre externe, comme dans le cas du Don Quichotte qui rĂšgle ses dĂ©sirs sur lâAmadis de Gaule afin de devenir un parfait chevalier. Mais ce mĂ©diateur peut ĂȘtre aussi interne, comme câest souvent le cas Ă lâĂ©poque moderne qui connaĂźt la disparition des modĂšles transcendants. Le mĂ©diateur devient alors un proche dont le sujet fait, Ă tort ou Ă raison, son rival. Pour Girard, la croyance au dĂ©sir spontanĂ© est le mensonge romantique tandis que la vĂ©ritĂ© romanesque est celle des grands Ă©crivains â Stendhal, Flaubert, Proust, DostoĂŻevski â qui ont repĂ©rĂ© la prĂ©sence du double au cĆur de tout dĂ©sir et dĂ©noncĂ© les ravages provoquĂ©s par la mĂ©diation interne. Ces ravages sont ce que Stendhal appelle les sentiments modernes, fruits de lâuniverselle vanitĂ© lâenvie, la jalousie et la haine impuissanteâ » [40]. Quâen est-il dĂšs lors de lâopposition entre passion et vanitĂ© mise en avant par Stendhal ? Girard estime que cette distinction nâappartient quâĂ la premiĂšre pĂ©riode de lâauteur. Son succĂšs vient de ce quâelle semble anticiper lâopposition gidienne du moi naturel et du moi social. Le Stendhal dont parlent les critiques, et en particulier Paul ValĂ©ry [âŠ] est ce Stendhal gidienâ de jeunesse. [âŠ] Ce premier Stendhal qui triompha Ă la fin du xix e et au dĂ©but du xx e siĂšcle nous propose un contraste entre lâĂȘtre spontanĂ© qui dĂ©sire intensĂ©ment, et le sous-homme qui dĂ©sire faiblement en copiant les Autres. » [41] Dans ses Ćuvres de maturitĂ©, au contraire, lâĂ©crivain attribue toujours lâintensitĂ© du dĂ©sir Ă lâimitation du rival et non plus au naturel. Si le lecteur ne sâen rend pas compte dâemblĂ©e, câest en raison de la proximitĂ© du rival mais aussi parce que le hĂ©ros de la mĂ©diation interne, loin de tirer gloire [âŠ] de son projet dâimitation, le dissimule soigneusement » [42]. Ainsi, dans Le Rouge et le Noir, Julien Sorel dĂ©sire toujours selon lâautre, il se rĂ©flĂ©chit dans et par lâautre. Et lorsque son jeu est dĂ©masquĂ©, il est affreusement outragĂ© et commet lâacte irrĂ©parable il tire sur Mme de RĂȘnal. Son seul rachat est lâespĂšce de bonheur silencieux quâil connaĂźt en prison avant son exĂ©cution. Larmore estime que Girard rejoint lâaffirmation de Pascal Nous voulons vivre dans lâidĂ©e des autres dâune vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraĂźtre. » [43] Ă ses yeux, cependant, la position de Girard souffre de certaines limites. Tout se passe, chez ce dernier, comme si lâimitation dâun modĂšle rĂ©el ou fictif Ă©tait le seul ressort de la conduite humaine. Mais Larmore estime que nous ne sommes pas toujours mus par lâimitation. La conduite dâun chacun selon son naturel, prĂ©conisĂ©e par Stendhal, nâest pas chose impossible dans la vie quotidienne qui ne demande pas une rĂ©flexion soutenue. Par ailleurs, mĂȘme lorsque nous recourons Ă la rĂ©flexion, nous ne dĂ©veloppons pas nĂ©cessairement une attitude conformiste, surtout quand nous nous rĂ©fĂ©rons Ă des normes objectives. Sans doute, on peut concĂ©der que lâimitation joue un rĂŽle, mĂȘme quand nous invoquons lâuniversel. Dans tout acte de rĂ©flexion cognitive, visant Ă dĂ©terminer ce quâil faut penser ou faire, nous nous identifions Ă une autre qui fait autoritĂ©, fĂ»t-ce Ă notre image de lâhomme raisonnable » [44]. Mais pourquoi le recours Ă la raison, surtout lorsquâil sâaccompagne de la discussion, nous mettrait-il forcĂ©ment sous la coupe dâautrui ? Ce recours, il faut bien lâadmettre, peut nous aider Ă assumer notre point de vue de maniĂšre plus rĂ©flĂ©chie. Cette critique, on le voit, rejoint par un autre biais celle adressĂ©e Ă Sartre qui estimait, lui aussi, que le passage par la rĂ©flexion cognitive nous rendait fatalement dĂ©pendant dâautrui. IntermĂšde 12 Marquons ici un temps dâarrĂȘt pour faire le point et apporter certains complĂ©ments. Nous avons vu que Larmore fait dĂ©pendre la dĂ©couverte du moi de la rĂ©flexion pratique sans pour autant rejeter tout recours Ă la rĂ©flexion cognitive. Ce quâil refuse, câest la possibilitĂ© pour cette rĂ©flexion cognitive dâatteindre un moi tout fait, prĂ©existant au sujet et que celui-ci nâaurait quâĂ retrouver. Selon lui, en effet, le moi ne se dĂ©voile quâau sujet qui se fait, selon lâexpression de Bergson, ou qui se projette vers ce quâil a Ă ĂȘtre, selon lâexpression de Sartre. Il reste cependant Ă prĂ©ciser les rĂŽles respectifs de la rĂ©flexion pratique et de la rĂ©flexion cognitive dans la dĂ©couverte du moi. Avant dâexaminer les indications de rĂ©ponses fournies par lâauteur dans la suite de son ouvrage, nous voudrions cependant introduire quelques remarques concernant la rĂ©flexion dans la philosophie française. 13 Une premiĂšre remarque est reprise Ă Blondel. Le philosophe invite Ă dĂ©passer une approche simplement psychologique de cet acte. On peut sans doute admettre que la rĂ©flexion constitue un repliement du sujet sur lui-mĂȘme provoquant une inhibition plus ou moins durable. DâoĂč le thĂšme, frĂ©quemment traitĂ©, de la sĂ»retĂ© de lâinstinct opposĂ©e aux hĂ©sitations de lâintelligence. Blondel estime toutefois que la rĂ©flexion est dâun autre ordre que les forces psychologiques car elle constitue une initiative originale, une force supĂ©rieure 14 Et cette force sâapplique ou sâoriente dans deux directions symĂ©triquement inverses. TantĂŽt en effet elle vise les conditions antĂ©cĂ©dentes et efficientes du fait de conscience ou de la rĂ©alitĂ© donnĂ©e qui est lâobjet de son Ă©tude et quâelle rattache Ă des idĂ©es gĂ©nĂ©rales ou des lois; et câest une rĂ©trospection analytique. TantĂŽt elle se porte pour ainsi dire en avant vers lâintention et la rĂ©alisation finale, concrĂšte et singuliĂšre qui est le terme pratique de son mouvement complexe et total; et câest une prospection synthĂ©tique. » [45] 15 Le philosophe ajoute que le mot rĂ©flexion sâapplique aussi bien Ă la rĂ©trospection quâĂ la prospection [46], car ces deux dĂ©marches de sens opposĂ© sont Ă©galement nĂ©cessaires Ă lâhomme pour Ă©lucider le sens de son existence. Le texte que nous venons de citer se situe dans un dĂ©bat qui a divisĂ© la philosophie française au tournant des xix e et xx e siĂšcles et sâest prolongĂ© bien au-delĂ . La discussion mettait en jeu des questions trĂšs semblables Ă celles qui nous occupent actuellement la rĂ©flexion est-elle exclusivement intellectuelle ou bien y a-t-il une autre rĂ©flexion accompagnant lâaction ? Rappelons les grandes lignes de ce dĂ©bat. 16 Deux courants se dessinent en France Ă la fin du xix e siĂšcle en rĂ©action contre le positivisme. Le premier courant met en avant lâanalyse rĂ©flexive. Il sâagit de sâinterroger, dans un style kantien, sur les conditions de possibilitĂ© de la conscience de soi et du monde, en Ă©vitant soigneusement de rĂ©duire la conscience Ă des Ă©tats psychiques relevant dâune causalitĂ© naturelle. Câest ainsi que les principaux reprĂ©sentants de ce courant â Lachelier, Lagneau, Brunschvicg â sâen tiennent strictement aux actes que lâintelligence pose dans son immanence et se mĂ©fient des philosophes de la vie ou de la volontĂ© qui leur semblent sombrer dans lâirrationnel. Nous verrons que lâanalyse rĂ©flexive a Ă©voluĂ© ultĂ©rieurement en ne sâorientant plus seulement vers lâuniversel, mais aussi vers le moi concret. Les philosophes qui ont dĂ©veloppĂ© cette orientation â Nabert et RicĆur â sont toutefois restĂ©s fidĂšles Ă lâanalyse rĂ©flexive et ont marquĂ© leur opposition au second courant de la philosophie française, celui de lâintuition ou de lâengagement. 17 Ce second courant est initialement reprĂ©sentĂ© par Bergson qui accorde au sujet lâintuition du moi que Kant lui refusait. Cette intuition ne sâoppose pas Ă la rĂ©flexion car lâauteur reconnaĂźt quâelle demande un effort soutenu dâattention, mais bien Ă lâanalyse rĂ©trospective ou Ă lâintelligence par concepts. Cette intelligence nâest quâun pis-aller car elle Ă©tale le moi et les choses dans un espace quantitatif et ne rejoint jamais les synthĂšses qualitatives dans leur originalitĂ© [47]. Sartre prolonge, dâune certaine maniĂšre, ce courant en se ralliant Ă la rĂ©flexion pure que le sujet rĂ©alise de son ĂȘtre pour-soi et en condamnant la rĂ©flexion impure par laquelle il se transforme en un ĂȘtre en-soi. En fait, Sartre prolonge moins Bergson quâil ne le rejoint indirectement en sâopposant Ă Brunschvicg. Chez Brunschvicg, en effet, la conscience absorbe les choses dans son immanence et elle abandonne son individualitĂ© au profit de la raison impersonnelle. Chez Sartre, au contraire, la conscience sâĂ©clate vers le monde et elle affirme sa singularitĂ© dans ce mouvement de transcendance. Ce nâest dâailleurs pas un hasard si le philosophe sâinspire de la comprĂ©hension existentielle mise en avant par Heidegger et sâĂ©carte du cogito transcendantal husserlien. Le but de cette parenthĂšse Ă©tait de replacer les questions traitĂ©es dans un cadre historique plus gĂ©nĂ©ral. On aura remarquĂ© que Larmore cherche Ă synthĂ©tiser les deux courants qui viennent dâĂȘtre Ă©voquĂ©s dans la dĂ©couverte du moi, il accorde le primat Ă la rĂ©flexion pratique tout en reconnaissant que la rĂ©flexion cognitive y joue Ă©galement un rĂŽle. Voyons plus prĂ©cisĂ©ment comment sâarticulent ces deux rĂ©flexions. 3 â Le rĂŽle de la rĂ©flexion cognitive 18 Larmore ne considĂšre pas la rĂ©flexion comme un mal en soi et il est loin de sâĂ©crier avec Rousseau LâĂ©tat de rĂ©flexion est un Ă©tat contre Nature et lâhomme qui mĂ©dite est un animal dĂ©pravĂ©. » [48] Sans doute, reconnaĂźt-il, on ne rĂ©flĂ©chit pas pour le plaisir câest toujours par un acte second que lâon revient Ă la conscience dâabord engagĂ©e dans le monde des choses, et ceci vaut tant pour la rĂ©flexion cognitive que pour la rĂ©flexion pratique 19 On est amenĂ© Ă faire retour sur soi par lâirruption dâun doute qui [âŠ] dĂ©range lâhabitude. Lorsquâil sâagit de la rĂ©flexion pratique, câest lâassurance dont on serait prĂȘt Ă souscrire Ă ses convictions qui est en question. La rĂ©flexion cognitive, en revanche, naĂźt dâun doute portant sur la nature ou la justification de ses convictions, doute quâil convient de rĂ©soudre par une meilleure comprĂ©hension de celles-ci. Dans chacune de ses formes, la rĂ©flexion se conçoit donc comme la rĂ©ponse Ă un problĂšme. » [49] 20 Le sujet qui rĂ©flĂ©chit est amenĂ© Ă sâinterroger sur les normes de son action. Mais il faut bien voir pourquoi et en quel sens. Pour Larmore, lâĂȘtre humain est fondamentalement un ĂȘtre normatif et ce caractĂšre a Ă©tĂ© reconnu par Sartre lorsquâil a vu dans lâhomme un ĂȘtre qui a Ă ĂȘtre ». Le malheur est que Sartre a cru bon dâĂ©liminer toute justification de lâaction par des normes rationnelles. Larmore, on lâa dĂ©jĂ dit, nâest pas dâaccord avec Sartre sur ce point. Nous sommes fondamentalement des ĂȘtres normatifs, non simplement parce que nous nous trouvons partout soumis Ă des normes, mais parce que nous ne pouvons avoir la moindre idĂ©e de ce que câest que penser ou agir, si nous ne tenons pas compte des normes intellectuelles et pratiques que nous sommes engagĂ©s Ă respecter. Nous ne sommes sujets que dans lâespace des raisons. » [50] Par ailleurs, notre rapport Ă nous-mĂȘmes ne se limite [âŠ] pas aux engagements qui sont implicites dans nos croyances et dĂ©sirs portant sur le monde » [51]. Il nous arrive de douter de nos engagements et il est inĂ©vitable que nous nous interrogions sur eux. 21 La rĂ©flexion cognitive a un rĂŽle Ă jouer dans cette explicitation et elle fait partie, de la sorte, du projet pratique du moi. On tient fixe ce quâon a observĂ© de ses paroles ou de ses gestes, voyant dans lâidentification de ce quâon sâest engagĂ© Ă ĂȘtre lâĂ©lĂ©ment problĂ©matique. Ainsi sâemploie-t-on Ă dĂ©couvrir les croyances ou dĂ©sirs qui sont les siens, ou bien Ă corriger la conception quâon en a dĂ©jĂ . » [52] Le sujet, dans ce cas, sâobjective en quelque sorte, il sâĂ©tudie lui-mĂȘme comme un autre. Larmore se rallie ici Ă RicĆur soulignant que la rĂ©flexion nâest pas une intuition, mais une interprĂ©tation, câest-Ă -dire une hermĂ©neutique de soi [53]. Il faut noter que cette conception rend possible lâaccĂšs du sujet Ă dâautres sujets, ce quâinterdit la conception dâune conscience enfermĂ©e dans ses reprĂ©sentations. Dans la ligne hermĂ©neutique, en effet, le moi individuel nâoccupe pas une position privilĂ©giĂ©e. Il peut mĂȘme arriver que les autres interprĂštent nos comportements mieux que nous ne le faisons nous-mĂȘmes, ce qui faisait dire Ă Proust Nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et ce que nous arrivons Ă savoir des nĂŽtres, ce nâest que dâeux que nous avons pu lâapprendre. » [54] 22 RicĆur dĂ©clare tenir de Nabert cette conception dâune conscience qui doit sâinterprĂ©ter dans les signes quâelle pose en agissant [55]. Or, curieusement, Larmore reproche au penseur de nâavoir pas marquĂ© la distinction entre rĂ©flexion cognitive et pratique » [56]. Il nous semble nĂ©cessaire de corriger ce jugement, car Nabert pose les jalons, non seulement dâune conception hermĂ©neutique, mais aussi dâune application de la rĂ©flexion Ă lâaction. Pour le philosophe, la rĂ©flexion apparaĂźt comme un moment dans la rĂ©appropriation de soi, moment qui survient dans lâincertitude du sujet concernant ses croyances et ses dĂ©sirs. Le choc salutaire provoquĂ© par le doute ne doit cependant pas conduire le sujet Ă quitter le domaine de lâintelligence pour se rĂ©fugier dans une intuition ou un choix sans justification, il doit provoquer, au contraire, un repli de lâintelligence sur elle-mĂȘme, une analyse rĂ©flexive. Le propre de la rĂ©flexion ainsi comprise, câest de toujours considĂ©rer lâesprit dans ses actes et dans ses productions, pour sâen approprier la signification, et, dâabord, essentiellement, dans lâacte initial par lequel le sujet sâassure de soi, de son pouvoir, de sa vĂ©ritĂ©. » [57] 23 Lâanalyse rĂ©flexive, signale Nabert, sâest engagĂ©e dans deux directions diffĂ©rentes mais qui ne sont pas, Ă son avis, exclusives lâune de lâautre. Elle a cherchĂ© tantĂŽt Ă Ă©tablir les conditions de possibilitĂ© de lâexpĂ©rience vraie, dans la ligne de Kant, tantĂŽt Ă approfondir lâintimitĂ© du moi, dans la ligne de Maine de Biran. La premiĂšre direction de lâanalyse rĂ©flexive a Ă©tĂ© longtemps dominante. Lâauteur concĂšde que ces philosophes ont davantage considĂ©rĂ© le sujet dans son rapport Ă lâuniversel. Mais entre le sujet de la pensĂ©e qui est unitĂ© pure et lâindividu liĂ© Ă un organisme et solidaire de lâunivers, quelle place y a-t-il pour un moi qui aurait un statut propre ? » [58] La rĂ©ponse donnĂ©e par les premiers partisans de lâanalyse rĂ©flexive semblait trop nĂ©gative en demandant au moi individuel de sâeffacer devant lâuniversel. On comprend dĂšs lors que la poussĂ©e des expĂ©riences existentielles a conduit Ă une dĂ©prĂ©ciation de lâanalyse rĂ©flexive comme trop entachĂ©e dâintellectualisme » [59]. Nabert, en consĂ©quence, estime opportun de dĂ©velopper lâautre direction de lâanalyse rĂ©flexive, celle issue de Maine de Biran, et qui se tourne vers le moi singulier. La philosophie rĂ©flexive est, selon Nabert, apte Ă sâapproprier les expĂ©riences plus concrĂštes dont la destinĂ©e du moi est solidaire » [60]. Lâauteur cite Ă ce propos certains travaux cherchant Ă interprĂ©ter les symboles des mythes ou Ă retrouver les indices de la libertĂ© jusque dans lâinconscient. Par de tels travaux devient manifeste la complĂ©mentaritĂ© de lâanalyse rĂ©flexive appliquĂ©e Ă lâordre du connaĂźtre et de lâanalyse rĂ©flexive appliquĂ©e au domaine de lâaction. » [61] Les Ă©crits de Nabert tĂ©moignent eux-mĂȘmes de cette attention Ă lâaction concrĂšte. Loin dâignorer que lâesprit, dans tous les ordres doit, dâabord, Ćuvrer, se produire dans lâhistoire et dans une expĂ©rience effective pour saisir ses possibilitĂ©s les plus profondes, lâanalyse rĂ©flexive rĂ©vĂšle toute sa fĂ©conditĂ© en surprenant le moment oĂč lâacte spirituel sâinvestit dans le signe qui risque aussitĂŽt de se retourner contre elle. » [62] Il nous semble possible de rapprocher cette analyse rĂ©flexive appliquĂ©e Ă lâaction prĂ©conisĂ©e par Nabert de la rĂ©flexion pratique mise en avant par Larmore. Ce sera notre dernier point. 4 â La nature de la rĂ©flexion pratique 24 Rappelons tout dâabord comment Larmore dĂ©finit les rĂŽles respectifs de la rĂ©flexion cognitive et de la rĂ©flexion pratique. Dans la rĂ©flexion cognitive, nous nous interrogeons sur la validitĂ© des raisons qui nous permettent de justifier notre engagement. Pour ce faire, nous nous interprĂ©tons comme pourrait le faire un autre Ă notre place. Dans la rĂ©flexion pratique, en revanche, nous nous interrogeons sur notre engagement mĂȘme et nous sommes les seuls Ă pouvoir dĂ©cider si cet engagement est bien le nĂŽtre. Ces deux rĂ©flexions â Larmore est le premier Ă le reconnaĂźtre â sont proches lâune de lâautre et elles interfĂšrent souvent dans lâinterprĂ©tation que le moi donne de lui-mĂȘme. Il reste que la rĂ©flexion pratique possĂšde un privilĂšge par rapport Ă la rĂ©flexion cognitive car elle exprime le projet du moi en premiĂšre personne et non en troisiĂšme personne. 25 Larmore insiste longuement sur ce privilĂšge de la rĂ©flexion pratique. En effet, pas plus que le projet quâelle explicite la rĂ©flexion pratique ne relĂšve de lâordre de la connaissance qui implique toujours une division du sujet et de lâobjet. En raison de cette division, les tentatives pour dĂ©finir la conscience de soi en termes de savoir sont toutes vouĂ©es Ă lâĂ©chec. Pour parer Ă ce danger, on ne peut invoquer une intuition immĂ©diate, comme Bergson, ni non plus une connaissance sans observation, comme Anscombe. Quelle est alors la nature de la conscience pratique de soi et de la rĂ©flexion qui lâexplicite ? Pour Larmore, câest RicĆur qui a rĂ©ussi Ă dĂ©mystifier toute cette problĂ©matique » [63]. Le rapport que nous avons Ă nous-mĂȘmes dans la rĂ©flexion pratique consiste en ce que nous prenons position et signalons comment nous nous proposons de nous comporter Ă lâavenir » [64]. Le registre de ce discours est celui de lâattestation et non de la description. En avouant que je crois et que je veux ceci ou cela, je ne dĂ©cris rien, jâatteste mon engagement Ă respecter les implications de ce que je dĂ©clare croire ou dĂ©sirer. » [65] 26 Il nous semble intĂ©ressant de relier ces propos Ă ceux de Nabert dâautant plus que RicĆur reconnaĂźt sa dette vis-Ă -vis de son prĂ©dĂ©cesseur. Pour Nabert, le choix libre que chacun est amenĂ© Ă poser dans sa vie, ne consiste pas en une dĂ©cision brusque qui serait ensuite portĂ©e par le dĂ©terminisme de la nature et de la sociĂ©tĂ©. Ce choix originaire comme il lâappelle inaugure une sĂ©rie dâautres actes de volontĂ© qui le renouvellent constamment. La fonction de la croyance Ă la libertĂ© consiste ici Ă ressaisir, dans cette multiplicitĂ© de volitions, lâoption qui les domine. Ainsi se crĂ©e la personnalitĂ©. Un acte, sans doute, en dĂ©cide, mais ne conquiert pour nous tout son sens quâautant quâil peut nous apparaĂźtre comme le thĂšme prĂ©sent sous les initiatives nouvelles qui en maintiennent et en prolongent lâefficace. » [66] 27 Nabert souhaiterait que les Ćuvres littĂ©raires fournissent un commentaire vivant dâune telle conception de la libertĂ© sâapprofondissant dans une sĂ©rie dâautres actes libres qui la renforcent. Il constate que malheureusement le roman et le théùtre ne prĂ©sentent que des personnages vaincus par le destin. Tout se passe comme si la littĂ©rature avait adoptĂ© le postulat du dĂ©terminisme. Les romanciers ont prĂ©fĂ©rĂ© descendre la pente dâune personnalitĂ© progressivement dĂ©faite par le jeu des passions, au lieu de nous montrer la libertĂ© sâinsinuant dans la vie et la transformant. » [67] Un seule texte fait exception aux yeux du philosophe La Princesse de ClĂšves de Mme de La Fayette. Le rĂ©alisme dâun caractĂšre sây concilie avec la libre inspiration dâune dĂ©cision qui engage toute une vie et se renouvelle Ă travers une suite dâactes, en vĂ©rifiant sa profondeur sur les idĂ©es morales par lesquelles elle se justifie ou sâexplique et sur les rĂ©sistances psychologiques et affectives quâelle suscite. » [68] 28 Cette dĂ©claration trĂšs dense appelle un commentaire. Tout sâordonne, dans le roman, autour de lâaveu que Mme de ClĂšves fait Ă son mari de son penchant pour M. de Nemours. Sur le moment, la princesse fait cet aveu pour rĂ©sister Ă son attachement naissant. Mais elle sâĂ©pouvante » aussitĂŽt de sa dĂ©cision car elle devine quâelle va provoquer la jalousie de son mari et renforcer le dĂ©sir du duc de Nemours, ce qui ne manque pas dâarriver. Lâaveu de Mme de ClĂšves est-il fait en toute luciditĂ© ? Non, rĂ©pond Nabert Par lâaveu quâelle fait de ses sentiments, pour y mieux rĂ©sister, la princesse sâengage dans la plus grave des rĂ©solutions, sans en avoir eu, si lâon peut dire, le dessein. » [69] Ainsi, le choix de Mme de ClĂšves nâest pas initialement posĂ© en toute connaissance de cause. Il nâest cependant pas non plus le rĂ©sultat dâun dĂ©terminisme psychologique. La princesse en effet se rend immĂ©diatement compte des dangers auxquels sa dĂ©cision lâexpose. Comment dĂšs lors comprendre ce choix ? Il sâagit dâun acte premier â rĂ©pond Nabert â qui contient dĂ©jĂ une Ăąme de libertĂ© mais que les actes ultĂ©rieurs de lâhĂ©roĂŻne, posĂ©s Ă lâoccasion de circonstances imprĂ©vues, sont susceptibles de confirmer ou de remettre en question. Tout le gĂ©nie du roman rĂ©side dans le fait quâil rĂ©ussit Ă tenir le lecteur en haleine sur lâissue du conflit qui habite la princesse. Rien ne lui est Ă©pargnĂ© et pourtant elle maintient, envers et contre tout, sa dĂ©cision de ne pas cĂ©der au duc de Nemours, mĂȘme aprĂšs la mort de son mari. Certes, Mme de ClĂšves fortifie sa rĂ©solution par des rĂ©flexions sur ses sentiments et ses devoirs. Mais, ce ne sont pas ces rĂ©flexions qui, pour Nabert, justifient la dĂ©cision premiĂšre, câest, au contraire, celle-ci qui sâenrichit de tous les actes rĂ©flĂ©chis dans lesquels elle se rĂ©pĂšte et sâapprofondit. 29 On pourrait se demander, dans une perspective sartrienne, si la fidĂ©litĂ© de la princesse Ă sa rĂ©solution premiĂšre nâest pas finalement une forme de mauvaise foi. Le but de la conduite de Mme de ClĂšves ne consiste-t-il pas, en effet, Ă sâidentifier au personnage de femme vertueuse quâelle a dĂ©cidĂ© de choisir ? En rĂ©alitĂ©, Nabert rĂ©fute dâavance une interprĂ©tation sartrienne du roman [70]. Il admet sans doute que le caractĂšre de la princesse lâorientait dans la direction quâelle a prise. Son aveu nâavait cependant pas Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ©. Et, une fois posĂ©, il dĂ©clenche une sĂ©rie de situations inattendues qui oblige lâhĂ©roĂŻne Ă assumer son choix en dĂ©pit de toutes les difficultĂ©s rencontrĂ©es. Chez Sartre, la libertĂ© se pose dâemblĂ©e en bloc » mais on se demande comment elle peut se maintenir dans son authenticitĂ©. Chez Nabert, au contraire, la libertĂ© ne se conquiert que progressivement Ă partir dâune sĂ©rie dâactes qui prolongent un choix initial mais dont le rĂ©sultat nâest jamais acquis dĂ©finitivement. Il sâagit dâune libertĂ© humaine qui se cherche au milieu des compromissions toujours possibles, sans vouloir sauver Ă tout prix une impossible puretĂ©. La justification de la fidĂ©litĂ© de Mme de ClĂšves Ă son mari nâest-elle pas, en dĂ©finitive, identique Ă celle que Montaigne donnait de son amitiĂ© pour La BoĂ©tie Parce que câĂ©tait lui, parce que câĂ©tait moi » [71] ? Ces considĂ©rations nous ramĂšnent â par un biais inattendu â Ă lâune des prĂ©occupations constantes de Larmore, celle de lâauthenticitĂ©. En fait, lâauteur ne considĂšre pas lâauthenticitĂ© comme la valeur suprĂȘme mais comme une valeur parmi dâautres. Et câest Ă ce thĂšme quâil revient dans les derniers chapitres de son livre pour montrer que lâimportant, dans un engagement, est moins la puretĂ© de lâintention que la volontĂ© de rĂ©aliser cette intention. Le fil conducteur de la discussion est Ă nouveau la position de Sartre. La question est de savoir sâil est possible dâĂȘtre bon pour autrui, ou plutĂŽt, si cette attitude ne contient pas un piĂšge. En me dĂ©cidant Ă aider un misĂ©rable qui a soif, je donne, dĂ©clare Sartre, de lâeau pour que le Moi soit bienfaisantâ. Câest-Ă -dire, au lieu de penser aux besoins du misĂ©rable et Ă ce que je peux faire pour lui, je prends pour objet ma propre vertu. » [72] Larmore concĂšde quâil y a effectivement lĂ un danger De lâintention de bien faire, on passe aisĂ©ment Ă lâintention dâĂȘtre bon. » [73] Mais, sâil est vrai que dans la rĂ©flexion cognitive le sujet sâĂ©value lui-mĂȘme et sâoffre Ă lâapprĂ©ciation dâautrui, il en va tout autrement dans la rĂ©flexion pratique. En effet, lorsque le sujet sâengage Ă remplir telle tĂąche, il ne fait pas de son moi le centre dâintĂ©rĂȘt de lâaffaire. Lâhomme courageux ne cherche pas Ă dĂ©ployer son courage, pas plus que lâhomme gĂ©nĂ©reux ne sâapplique Ă ĂȘtre gĂ©nĂ©reux. [âŠ] Le courage consiste Ă soutenir une cause malgrĂ© le danger, la gĂ©nĂ©rositĂ© Ă pourvoir aux besoins dâun autre malgrĂ© le coĂ»t. » [74] Pour le dire de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale Lâhomme vertueux nâagit pas en vue de sa propre vertu, mais pour mener Ă bien ce quâil lui incombe de faire. » [75] Ceci ne signifie pas que le moi doive complĂštement disparaĂźtre dans les tĂąches quâil entreprend afin dâĂ©viter le piĂšge de lâobjectivation. Dans toute dĂ©cision, en effet, je mâimpute comme auteur responsable de ce qui est Ă faire », remarque RicĆur, qui ajoute que cette imputation nâest pas un regard thĂ©orique mais constitue dĂ©jĂ un engagement pratique [76]. Larmore va exactement dans le mĂȘme sens. Dans la rĂ©flexion pratique, lâessentiel est quâon se rapporte [âŠ] Ă soi-mĂȘme de la façon appropriĂ©e, câest-Ă -dire comme au moi quâon a seul Ă ĂȘtre. En effet, si lâon fait retour sur soi-mĂȘme de cette façon Ă©minemment personnelle, on se trouve par lĂ mĂȘme portĂ© vers le monde et vers ce qui y mĂ©rite attention » [77]. Conclusion 30 Cette derniĂšre remarque nous permet de dissiper une objection qui pourrait ĂȘtre faite au discours que nous avons tenu Ă la suite de Larmore. On peut estimer que ce discours sâattache trop exclusivement Ă la rĂ©flexion sur le moi et nĂ©glige complĂštement la rĂ©flexion sur le monde. Il est vrai que le thĂšme du livre est dâĂ©lucider la nature du moi et que lâanalyse de la rĂ©flexion est menĂ©e dans cette perspective. Lâauteur ne manque cependant pas de signaler, Ă maintes reprises, que la rĂ©flexion se dĂ©veloppe autant en direction du monde quâen direction du moi. Mais cette rĂ©ponse est insuffisante. En rĂ©alitĂ©, si on est attentif au contenu de lâouvrage, on sâaperçoit quâil dĂ©nonce constamment la tentative dâatteindre son prĂ©tendu moi vĂ©ritable. En ce sens, Larmore invite le sujet, non pas Ă se replier sur soi, mais au contraire Ă sâouvrir Ă autrui et au monde. La rĂ©flexion nâest ainsi quâun moment dans le projet humain. Mais un moment dĂ©cisif car il permet au sujet dâengager sa responsabilitĂ©. Notes [*] UniversitĂ© catholique de Louvain [1] Ch. Larmore, Les pratiques du moi, Paris, PUF, 2004. Lâauteur prĂ©fĂšre parler du moi plutĂŽt que du soi. Le premier terme est en effet plus usuel que le second, mais il a aussi sa valeur propre. Cf., Ă ce propos, p. 128. En ligne [2] [3] [4] Câest dâailleurs pour cette raison que le philosophe amĂ©ricain a Ă©crit directement son livre dans la langue de Descartes. Cf. Ibid., p. 6-7. [5] Ibid., p. 61. [6] Nous commençons par Ă©lucider cette distinction point 1 avant dâen voir lâapplication au problĂšme de la sincĂ©ritĂ© et de lâauthenticitĂ© point 2. Larmore procĂšde de maniĂšre inverse dans son ouvrage. [7] Les pratiques du moi, p. 97. [8] Article RĂ©flexion », sens A. Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Ă©laborĂ© par A. Lalande avec le concours de la SociĂ©tĂ© française de philosophie, a dâabord paru sous forme de fascicules sâĂ©chelonnant de 1902 Ă 1923. La 2Ăšme Ă©dition est parue en deux volumes, Paris, Alcan, 1926. Maintes fois rééditĂ© et complĂ©tĂ©, le Vocabulaire est disponible dans la collection Quadrige, Paris, PUF, 1999. [9] Les pratiques du moi, p. 6. [10] Ibid., p. 9. [11] Ibid., p. 10. [12] Ibid., p. 132. [13] Id., citation de LâĂ©volution crĂ©atrice, p. 238. Larmore renvoie Ă la pagination originale de lâouvrage. Cette pagination est reproduite en marge dans lâĂ©dition du centenaire, H. Bergson, Ćuvres, Paris, PUF, 1959. [14] LâĂ©volution crĂ©atrice, p. 238-239. Il sâagit de la suite du passage citĂ© Ă la note prĂ©cĂ©dente. [15] Ibid., p. 239. Notons les nombreuses mĂ©taphores optiques qui parcourent le texte. Lâintuition est une lumiĂšre qui se contracte en se rĂ©flĂ©chissant ou qui se disperse en se rĂ©fractant dans le milieu de lâintelligence. [16] Id. [17] Les pratiques du moi, p. 32-33. [18] Ibid., p. 33, note 1. Citation de LâĂtre et le NĂ©ant, Paris, Gallimard, 1943, p. 119. [19] Sartre Ă©crit conscience de soi » pour dĂ©signer la conscience prĂ©rĂ©flexive et conscience de soi » pour dĂ©signer la conscience rĂ©flexive. [20] LâĂtre et le NĂ©ant, p. 199. En attribuant la rĂ©flexion Ă un moi engagĂ© dans la temporalitĂ©, Sartre corrige le caractĂšre impersonnel de la rĂ©flexion, soutenu dans La transcendance de lâego. Mais il maintient que lâEgo est un en-soi transcendant, qui nâest pas de lâordre de la conscience. Cf. Les pratiques du moi, p. 128, note 2. [21] LâĂtre et le NĂ©ant, p. 96. On aura reconnu le premier vers du Tombeau dâEdgar Poe de MallarmĂ©. [22] LâĂtre et le NĂ©ant, p. 208. [23] La transcendance de lâego, 1936, rééd. Paris, Vrin, 1981, p. 78. CitĂ© dans Les pratiques du moi, p. 126. La formule de Rimbaud vient des Lettres du voyant, publiĂ©es en 1912. [24] LâĂtre et le NĂ©ant, p. 214. [25] Les pratiques du moi, p. 127, note 2. [26] Ibid., p. 132. [27] Id. [28] Ibid., p. 133. [29] Ibid., p. 134. [30] PensĂ©es, § 653, in Pascal, Ćuvres complĂštes, t. 2, Ă©d. Le Guern, Paris, Gallimard La PlĂ©iade, 2000. [31] CitĂ© dans Les pratiques du moi, p. 18. Renvoi Ă P. ValĂ©ry, Stendhal », in Ćuvres complĂštes, t. 1, Paris, Gallimard La PlĂ©iade, 1957, p. 570. [32] Les pratiques du moi, p. 19. Lâauteur se rĂ©fĂšre aux Maximes, § 431. [33] Les pratiques du moi, p. 38. Renvoi Ă LâĂtre et le NĂ©ant, p. 105-106. [34] LâĂtre et le NĂ©ant, p. 106. [35] Les pratiques du moi, p. 8. [36] Ibid., p. 16. Renvoi Ă ValĂ©ry, Ćuvres complĂštes, t. 1, p. 570. [37] Notre Galehaut [Geleotto] fut le livre et celui qui lâĂ©crivit », Dante, LâEnfer chant V. CitĂ© dans Les pratiques du moi, p. 17. La couverture du livre reproduit le tableau de Ingres, Francesca et Paolo, du MusĂ©e des Beaux Arts dâAngers. Le peintre a reprĂ©sentĂ© un petit livre tombant de la main droite de Francesca. [38] Les pratiques du moi, p. 58. RĂ©fĂ©rence aux Maximes, § 136. [39] R. Girard, Mensonge romantique et vĂ©ritĂ© romanesque Paris, Grasset, 1961, rééd. Le Livre de Poche, 1978. [40] Ibid., p. 28. [41] Ibid., p. 34. [42] Ibid., p. 24. Pour Larmore, la critique de Girard va trop loin. Il estime, en effet, quâune place reste possible, chez Stendhal, pour le naturel, Ă condition que celui-ci ne soit pas le fruit dâun calcul rĂ©flĂ©chi. [43] Les pratiques du moi, p. 63. RĂ©fĂ©rence aux PensĂ©es, Ă©d. Sellier, § 653 Ă©d. Le Guern, § 662. On pourrait Ă©galement voir du Sartre chez Girard. Ce dernier tĂ©moigne en effet dâune certaine admiration pour le philosophe Les analyses du rĂŽle de lâautre dans ce que Sartre appelle le projetâ â le garçon de cafĂ© dans LâĂtre et le NĂ©ant â les analyses de la mauvaise foi, de la coquetterie, sont merveilleuses Ă mes yeux. Câest trĂšs proche du dĂ©sir mimĂ©tique. », R. Girard, Quand ces choses commencerontâŠ, Paris, ArlĂ©a, 1994, p. 162-163. [44] Les pratiques du moi, p. 66. [45] Observation au mot RĂ©flexion », sens B, dans le Vocabulaire de Lalande. Cette observation, parue en 1914, condense les indications du Point de dĂ©part de la recherche philosophique, 1906, sans plus restreindre cependant le terme rĂ©flexion Ă la seule rĂ©trospection. Sur lâarticle, cf. M. Blondel, Ćuvres complĂštes, t. 2, Paris, PUF, 1997. [46] Vocabulaire de Lalande au mot Prospection ». Lâobservation ajoutĂ©e par Blondel en bas de page signale expressĂ©ment La prospection, comme la rĂ©trospection, comporte une attention, une rĂ©flexion sui generis et ne doit pas ĂȘtre confondue avec la spontanĂ©itĂ© ou lâĂ©lan des actes directs ». [47] On a souvent situĂ© Blondel dans le sillage de Bergson. Mais le philosophe de lâaction a toujours admis la nĂ©cessitĂ© dâune rĂ©flexion rĂ©trospective pour Ă©lucider le contenu de la prospection, ce qui lâĂ©loigne radicalement du philosophe de lâintuition. La position de Blondel nous semble, en rĂ©alitĂ©, proche de celle de Nabert et de RicĆur, mĂȘme si, historiquement, les auteurs sont restĂ©s distants les uns des autres. [48] Les pratiques du moi, p. 91. Citation du Discours sur lâorigine et les fondements de lâinĂ©galitĂ© parmi les hommes, in Rousseau, Ćuvres complĂštes, t. 3, Paris, Gallimard La PlĂ©iade, 1964, p. 138. [49] Les pratiques du moi, p. 120. [50] Ibid., p. 133. [51] Ibid., p. 122. [52] Ibid., p. 124. [53] Ibid., p. 124, note 1. RĂ©fĂ©rence Ă P. RicĆur, De lâinterprĂ©tation, Paris, Seuil, 1965, p. 52-57. [54] Les pratiques du moi, p. 182. Renvoi Ă M. Proust, Du cĂŽtĂ© de chez Swann, Paris, Gallimard Folio, 1988, p. 127. [55] De lâinterprĂ©tation, p. 52. [56] Les pratiques du moi, p. 120, note 2. [57] J. Nabert La philosophie rĂ©flexive ». Article paru dans lâEncyclopĂ©die française, 1957, et reproduit in LâexpĂ©rience intĂ©rieure de la libertĂ© et autres essais de philosophie morale, Paris, PUF, 1994. Citation, p. 399. [58] Id. [59] Ibid., p. 404. [60] Id. [61] Ibid., p. 406. Nabert cite les travaux de RicĆur comme allant dans ce sens. [62] Ibid., p. 407. [63] Les pratiques du moi, p. 172. [64] Id. [65] Ibid., p. 173. Lâauteur renvoie Ă P. RicĆur, Soi-mĂȘme comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p. 92. [66] LâexpĂ©rience intĂ©rieure de la libertĂ©, p. 168. Il sâagit de la thĂšse principale de Nabert, datant de 1924. [67] Ibid., p. 169. Dans la longue note qui occupe les p. 168 Ă 170. [68] Ibid., p. 170 note. [69] Id. [70] Nous nous Ă©tonnons de voir lâexcellent commentateur de Nabert, P. Naulin, se rallier Ă une telle interprĂ©tation. Pour lui, la princesse fait son aveu en toute luciditĂ©, ce qui lâentraĂźne â ou en tout cas risque de lâentraĂźner â Ă devenir prisonniĂšre de son personnage. Cf. LâitinĂ©raire de la conscience, Paris, Aubier, 1963, p. 195-198. [71] Montaigne, Essais, I, 27. [72] Les pratiques du moi, p. 209. Citation des Cahiers pour une morale, Paris, Gallimard, 1983, p. 497. [73] Id. [74] Ibid. p. 210. [75] Id. [76] P. RicĆur, Le volontaire et lâinvolontaire, Paris, Aubier, 1949, p. 54 et sq. [77] Les pratiques du moi, p. 212.
action faite de soi meme sans reflexion